Tomber amoureux d’une perception marketing

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Je viens de tomber sur un film qui m’a particulièrement marqué. Le genre de film qui m’a presque autant marqué que 99 Francs dans le domaine de la réflexion marketing. Ce film, c’est Syrup, et ça parle de soda et de marketing.

Pssshhiit. Et ça part d’un constant simple, boit-on réellement un soda pour son goût, ou pour son image ? Non, pour son image. Uniquement. Totalement. C’est pour l’image que l’on boit Coca-Cola ou Pepsi. C’est pour l’effet du cool qui y est associé qu’on achète la cannette. Ce n’est pas le liquide qui importe, mais l’image, la notoriété, la perception fictive que l’on se fait dans notre imaginaire. Vous allez me dire, ouais ok c’est ce qu’on apprend en marketing les premières années d’école, rien de nouveau. C’est vrai. On peut vendre n’importe quoi du moment qu’il est cool. Mais il y a autre chose dans ce film. On transpose cette notion de perception non plus pour une marque ou une entreprise, mais pour les individus.

Devient-on ami avec quelqu’un pour ce qu’il est vraiment ou pour l’image qu’il donne en public ? Essaye-t-on de communiquer sur sa vraie personnalité ou essaye-t-on de construire une perception, une carapace marketée de son existence ? Autant de thèmes abordés dans ce film, et c’est ce qui en fait sa force. Ce film ne se contente pas d’avoir une super réalisation autour du marketing et des marques populaires (qui suffirait pour faire un carton au box office), mais prend une route pas encore débroussaillée.

Lorsque l’on désire quelqu’un, que l’on tombe amoureux(se) de cette personne, on est attiré par ce que l’on a pas, par ce que les autres désirent aussi, par ce qui nous semble attractif, par ce que la société nous fait penser qui est attractif. On tombe amoureux d’une fille car elle adopte les codes d’une fille attractive, car elle développe son côté bitch provocatrice, son côté slut séduisant, son côté vierge sage, et son côté maman respectable (ce n’est pas moi qui le dit, mais le film). On tombe amoureux d’un personnage, d’une association de comportements, on tombe amoureux d’une histoire, on tombe amoureux d’un storytelling, lorsqu’on entend parler de quelqu’un en bien, on l’envie, on le veut, on le désire. On en vient à se demander : mais est-ce que je suis attiré par le personal branding de chacun (sa manière de s’habiller, sa prestance en public, son job, sa personnalité, son pseudo Twitter, et tout le reste qui caractérise sa personnalité publique).

En fait, ce qui est intéressant, c’est de faire la comparaison entre une cannette de Pepsi et une personne dont on tombe amoureux. La désire-t-on pour son goût intrinsèque, sa personnalité privée, ses sentiments profonds, son intimité unique, ses caractéristiques concrètes, vraiment ? Ou la désire-t-on pour l’image qu’elle dégage, pour la plus-value sociale que l’on obtient en se montrant avec ? Ah. Bonne question. Si telle personne a une personnalité idéale (le goût), mais que son apparence (la marque) n’est pas populaire, cela affecte-t-il notre jugement ? Oh. Que oui. Encore plus pour notre génération où il devient de plus en plus difficile de cerner la réelle personnalité d’une personne en dehors de son activité publique (showing off).

Sinon, le film en lui-même, aucune idée de quand il sortira (oui, pardon, j’ai téléchargé, promis je fais pas ça souvent). Vous pouvez vous contenter du teaser et attendre sagement la date de sortie, ou sinon faire comme moi, ça mérite le détour si vous avez envie d’avoir une petite réflexion sur le marketing, le branding corporate et personnel.

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